Depuis que je suis tombé dans la photo, à chaque départ pour une destination (lointaine ou non), j’ai été confronté au même dilemme : quel matériel vais-je prendre ? S’en suit alors l’éternel débat intérieur à propos de tel accessoire ou tel objectif. Vais-je vraiment en avoir besoin ? Peut-être pas. Mais si j’en ai besoin et que je ne l’ai pas ? …

À l’approche d’un nouveau voyage, je me suis retrouvé à nouveau dans cette situation.

Demandez sur un groupe photo, ou un forum, de quel matériel vous avez besoin. Regardez des vidéos sur Youtube où des photographes parlent de leurs kits, ou vous expliquent qu’être un photographe implique d’être prêt à faire face à toutes les situations. Après moins d’une heure, il semble indispensable d’embarquer un grand angle, une focale standard, un télé, un grand télé, un fish-eye, un objectif macro, peut-être un zoom aussi pour ne pas devoir changer tout le temps d’objectif. Il faut bien entendu deux boitiers au cas où l’un d’eux tombe en panne. Quid d’un flash ? On ne sait jamais…

C’est très facile de se laisser embarquer dans cette idée qu’il faut absolument avoir au minimum 10kg de matériel sur le dos en permanence. Très vite, on pense que si on n’a pas tel ou tel type de matériel avec soi, on ne pourra pas créer de bonnes images ou réaliser un reportage de qualité. On en vient à faire notre sac, non plus sur base d’une réflexion rationnelle, mais sur cette peur de ne pas pouvoir prendre telle photo à tel moment parce que l’on n’a pas cet objectif de 7kg sous la main à ce moment précis.

Taxi driver, Kathmandu

Je repense à ce roadtrip en Croatie au cours duquel, arrivé à Dubrovnik, mon matériel était tellement lourd que je n’avais plus envie de le sortir de mon sac. Ou à cette randonnée en France sur le grand Pomerolle avec un sac qui, démesurément chargé, me détruisait le dos. Ou, simplement, à la majorité de mes voyages ces dernières années.

À l’image du GAS qui remplit nos étagères au fur et à mesure que le temps passe, cette peur de ne pas avoir l’outil idéal pour chaque situation alourdit nos sacs et, petit à petit, nous écrase.

Mais le fait d’alourdir notre sac et de se fatiguer physiquement n’est que la partie visible de l’iceberg. On finit par évaluer notre capacité à créer des images sur base du matériel dont on dispose ou non. On s’habitue à monter un grand angle « parce que c’est avec ça qu’on photographie un paysage » plutôt que pour les caractéristiques que nous avons envie de donner à l’image.

C’est le matériel qui finit par nous dicter ce que nous devons faire, comment nous devons créer les images avec lesquelles nous racontons pourtant nos propres histoires.

Raconter nos propres histoires

The Annapurna Fishtail

De manière générale, l’élément principal d’une photo est le sujet. A fortiori dans le reportage ou la photo de voyage, le sujet est l’histoire que nous voulons raconter à travers cette image (qu’elle soit seule ou qu’elle fasse partie d’une série).

Que l’on ait en main un appareil plein format, un hybride, ou même un smartphone n’y changera rien : c’est du sujet que la création d’une image démarre. Le reste n’est qu’une question d’aspects technique, pratique, et esthétique.

Avoir sur mon appareil une focale de 35mm plutôt qu’une de 85mm va me forcer à créer l’image différemment. Cela va-t-il m’empêcher de vous raconter cette histoire ? Non !

Chaque élément de matériel apporte des possibilités techniques et esthétiques intrinsèques, c’est un fait. Utiliser un 35mm plutôt qu’un 85mm déterminera évidemment la manière de travailler, de se positionner, de cadrer. Cela changera des caractéristiques visuelles, jouera sur la profondeur de champ, sur la représentation du sujet. Mais aucun d’entre eux n’offre plus la capacité de raconter une histoire qu’un autre. Tout au plus, tel objectif apportera une plus grande facilité, ou tel boitier sera plus confortable d’utilisation. Il ne s’agit finalement que d’une question de perspectives différentes pour figer un même instant.

Se rendre compte que « ce n’est pas l’appareil qui fait la photo mais le photographe » est un premier pas. Le suivant, c’est de se rendre compte que le matériel à disposition importe peu si on a quelque chose à raconter, pour peu que l’on sache l’utiliser bien sûr ;).

Choisir, c’est renoncer

Rickshaw in the streets of Thamel, Kathmandu

Au confort d’avoir l’outil idéal pour chaque situation notamment. On a tous connu cette frustration d’être face à un magnifique paysage sans avoir emmené un grand angle. Ou ce coucher de soleil, énorme quand on se rapproche de l’équateur et que l’on utilise une longue focale… ah mais non, on ne l’a pas emportée.

Il ne nous reste alors que peu d’options :

  • Faire un effort créatif et se demander comment raconter l’histoire qui se présente devant nous différemment, avec le matériel que l’on a sous la main ;
  • Ou se résigner au fait que l’on ne peut pas tout capturer tout le temps, et faire le deuil de cette illusoire omnipotence du photographe.

Si la première option nous pousse à sortir de notre zone de confort, la seconde nous libère de cette pression constante d’être à l’affût de chaque instant, et de ne jamais pouvoir avouer que « non, je ne peux pas en faire une photo intéressante ». Pression qui, au fil du temps, nous rend incapable de discerner l’instant important de celui qui nous distrait seulement et qui n’apportera rien à l’histoire.

Choisir, c’est renoncer à un confort qui, sans que l’on s’en rende compte, nous emprisonne et conditionne notre façon de partager et de raconter.

Voyager léger

Tout ça finalement pour dire que j’en ai marre de passer autant de temps à me demander quelle optique monter, comment charger mon sac, si j’aurai vraiment besoin de ci ou ça.

Je m’en rends compte maintenant, c’est à chaque préparation pareil. Je passe des heures à peser le pour et le contre. Cette fois, j’ai décidé d’y mettre fin.

Je suis parti pour 6 semaines dans 2 pays que je voulais découvrir depuis longtemps, le Népal et le Vietnam.

Je suis parti léger. Ou du moins plus léger que d’habitude ! Un boîtier, une optique (mon fidèle Voigtländer 17.5mm qui me donne une focale effective de 35mm), quelques filtres, et un GorillaPod. C’est tout.

Kit photo Népal 2016

Est-ce que je vais le regretter ? Par moment oui, bien sûr ! Je l’ai déjà regretté quelques fois. Quand je suis arrivé sur le toit de l’hôtel où je logeais à Kathmandu, et que je voyais au loin les différents sommets de l’Himalaya baignés de la lumière orange du coucher de soleil. Ou au pied du Bodnath Stupa illuminé par la plus grande pleine lune du siècle. Ce coucher de soleil sur l’Annapurna. Ce sont des photos que l’on ne peut pas capturer de manière idéale avec un 35mm.

Mais je suis content d’avoir pris cette décision et de pouvoir à nouveau, et pour la première fois depuis des années, voyager léger.

Allez, un petit bonus.

Je vous ai parlé du Népal, alors voici quelques instantanés :). Il y en aura davantage plus tard quand j’aurai eu le temps d’éditer tout ce que j’ai ramené !

You made it Swayambhunath Stupa, Kathmandu Walking around the Bodnath Stupa, KathmanduCremation ceremonies at Pashupatinath, Kathmandu Rebuilding Bakhtapur Hindu temple in the streets of Thamel, Kathmandu A new day on the Poon Hill Trek