En août dernier, je suis parti avec un couple d’amis pour 5 jours de randonnée au Maroc, dans le Haut Atlas. Ce fut plus physique que ce à quoi je m’attendais, et je me suis demandé à plusieurs reprises ce que je faisais là, mais mes efforts ont été amplement récompensés !

Les joies du monde moderne font que, de Liège à Marrakech, il n’y a que 2 bus, 2 trains, 2 avions, et un taxi. D’une certaine manière, la partie la plus déroutante de tous mes voyages reste celle reliant un aéroport belge (Zaventem ou Charleroi) à ma maison à Liège, mais gardons cette histoire pour un autre jour.

Me voici donc de retour au Maroc, cette fois avec un peu plus d’ambition que lors de ma première venue.

Le plan ? Marcher pendant 5 jours au départ d’Oukaimeden jusqu’au sommet du Toubkal et décrocher mon premier « 4000 », avant de revenir à Imlil.

En d’autres mots : pendant 5 jours, se broyer les chevilles sur de la caillasse, sous la chaleur torride du Maroc au mois d’août, en respirant de la poussière, pour finalement monter au plus au sommet de l’Afrique du Nord sous le regard blasé des chèvres et moutons dont c’est le plus banal des quotidiens.

Pour cela, nous avons engagé un guide et 2 muletiers : Ahmed, Hassan, et Lhassan. Le tracé nous promettait dénivelés en série, rocaille à perte de vue, et des paysages à couper le souffle.

Enfilez vos chaussures, je vous raconte !

Mon premier trek au Toubkal

On était motivé là :D.

C’est difficile de raconter 5 jours de marche dans la caillasse sans perdre le lecteur. D’autant plus que je n’avais même pas une p***** de bague à jeter dans un volcan pour installer le suspens et vous garder attentif. Alors je laisserai ça aux photos. Elles parlent d’elles mêmes. La région est magnifique.

Je vous ai sélectionné quelques anecdotes plutôt, des temps forts en quelques sortes.

Une bonne veste de pluie

0,4% de chance de pluie. Merci les prévisions météo.

En montagne, c’est important de se prémunir des éléments. Pour ça, la planification est primordiale. Aussi, quand les prévisions météo indiquent qu’il y a 0,4% de chance de pluie, emportez une veste de pluie quand même ! Une veste comme ma Forclaz 400, légère, compacte, ultra pratique, qui est restée à la maison parce que 0,4% de chance… c’est quand même peu probable qu’il pleuve, n’est-ce pas ? 😀

C’est ainsi qu’au tout début de ces 5 jours de randonnée (à peine 200 mètres après notre départ tout de même), les premières gouttes sont tombées sur nos visages mi-amusés mi-dépités.

Parler un langage commun

Sur le papier, le programme ne présentait pas de réelle difficulté, hormis peut-être la chaleur du mois d’août. C’est à la fin d’une première journée éprouvante (plus que prévu avec la participation de la pluie et d’un vent soutenu pour la moitié de la journée, suivi d’un soleil de plomb pour la remontée vers le point de bivouac) que nous nous sommes rendus compte que « facile à modéré » ne veut pas dire la même chose pour l’agence qui nous a organisé le trek et pour nous, ou même pour Ahmed qui nous dit tout simplement que « non, on prend le chemin difficile là ». Ah…

Changement de plan en cours de route.

Heureusement, Ahmed connaît bien son métier (l’avantage d’engager un guide local, entre autres) et le lendemain nous empruntons un nouvel itinéraire certes plus long mais moins physique !

Moralité ? Si vous passez par une agence, assurez-vous de parler un langage commun et d’être au clair sur le niveau requis (qui ne sera pas forcément le même par toutes les conditions non plus).

Jusqu’au Toubkal, un chouïa à la fois

Parfois, quand on se retourne, on a peine à se rendre compte du chemin parcouru.

Le nouvel itinéraire est moins physique, effectivement. Mais les étapes sont, effectivement aussi, longues. Très longues. Certaines sont interminables. Sous le poids de la fatigue (pas celui du sac puisque l’on porte le strict nécessaire en journée), on cède par moment à la pulsion enfantine de demander « c’est encore loin ? ».

Mais que veut dire une distance en montagne là où les étapes s’expriment en durée ? Et que veut dire une durée quand on répond à un photographe qui s’arrête toutes les 5 minutes pour une nouvelle image ? (oui, je parle de moi là :D)

C’est alors qu’Ahmed pose habilement la notion de « chouïa » sur la table. Première surprise, je ne savais pas que ce mot qu’on utilise tant à Liège est, comme beaucoup d’autres, un mot arabe ! Mais la vraie surprise vient de l’apparente relativité de cette unité de mesure en terrain montagneux au Maroc. Ainsi, la phrase « allez, encore un chouïa » exprimera tantôt les 500m de dénivelé positif restant à parcourir jusqu’à la pause, tantôt les 7km de descente sur des galets sous un soleil de plomb, ou encore le 4ème verre de verveine le soir que votre guide vous versera quasi de force pour terminer la théière !

On n’est pas des biquettes !

Au tiers de la photo à gauche, on distingue une sorte de grand éboulis. C’est par ce couloir que l’on va passer le col. Ok…

On vous le dit sur Youtube, dans les émissions outdoor à la télé, dans les rayons spécialisés, et souvent avec une voix suave et virile ne laissant aucun doute sur l’expérience et l’assurance de votre interlocuteur : en randonnée, tout est une question de préparation ! Physique et logistique.

Let me introduce to you… la chance ! Ou plutôt le manque de chance. On n’aime pas en parler parce que ça ne fait pas pro, et on a souvent donné une connotation d’excuse à toute personne qui aborde de près ou de loin le tabou du « facteur chance ». Et avouons-le, on veut tous être un « vrai bonhomme » au repas de famille avec Tati Mireille qui a tout lu et Tonton François qui a tout vécu.

Ainsi, tout devait m’amener au sommet du Toubkal. Je suis loin d’être un sportif de haut niveau, ou même d’un sportif tout court à vrai dire, mais j’ai une bonne endurance et je marche relativement souvent. Et franchement, notre nouvel itinéraire ne demandait plus que ça, de l’endurance.

En randonnée, et surtout en montagne, un faux mouvement peut changer toute la donne. Peut-être pas sur le moment, ni le jour même, mais tôt ou tard on le payera. C’est comme ça qu’un faux mouvement le premier jour aura compromis mon objectif 3 jours plus tard. Un truc aussi anodin qu’une mauvaise reprise en glissant sur un éboulis. On continue, chemin faisant, sans se rendre compte du nerf qui s’est coincé dans l’aine. Et quelques heures plus tard, ou le lendemain matin, c’est déjà trop tard. Ça commence par une petite gêne, et puis ça prend de la place. Mais bon, on est au milieu de nulle part et il y a autant de caillasse devant que derrière, donc on continue. On adapte sa façon de marcher, en compensant un peu. Ça passe. On se réveille la nuit suivante et on comprend qu’on a vraiment merdé mais bon, life is life na-na-nanana.

100 tournants. Franchement, je suis pas sûr qu’il n’y en ai pas un chouïa plus !

98, 99, 100 tournants, Ahmed nous avait dit qu’il y avait 100 tournants dans ce couloir. Et pourtant, on n’est pas encore au sommet du col. Je m’arrête et lève la tête ; Ahmed se retourne et dit : « plus qu’un chouïa ». Je réprime l’envie de lui lancer mon bâton de marche dans le dos. À vrai dire, je n’en ai même pas la force et j’ai besoin de ce bâton. Allez encore un chouïa donc, comme dit Ahmed, et on arrive au col d’Aguelzim où on pourra faire une pause. Tant bien que mal, en boitant et en soulevant ma jambe avec mon bras pour passer une pierre plus haute que les autres, je fais les derniers pas vers ce col à 3550 mètres, et je sais quelque part que ça sera le plus haut point que j’atteindrai. Cette fois du moins. C’est con quand même comme ça peut tourner parfois.

Quelques heures plus tard, on arrive au refuge du Toubkal. Le chemin jusqu’à la douche me semble interminable mais hey, on parle d’une douche chaude là, LA motivation !

Dur réveil, on discute de nos options. Sur le moment, l’ascension n’en fait plus partie :/.

Le réveil sonne à 3h30. Chose rare, il me faut 2 minutes entières avant de l’entendre alors qu’il est à côté de mon oreille. Constat autour d’un Nes-Nes improvisé : on ne se sent aucun en mesure de monter. On va se recoucher et on voit vers 7h ce qu’on fait.

À 7h, je reste dans mon sac de couchage et je dis aux autres d’y aller sans moi. De toutes façons, debout, assis, couché, je n’arrive pas à bouger correctement la jambe. Ce n’est pas la peine. Le sommet, ça sera une prochaine fois.

Au pied du Toubkal, un autre sommet

Celui de l’indécence et de l’irrespect. Celui de la connerie humaine.

Dès notre arrivée au refuge, je n’ai vu que des déchets, partout. Emballages et bouteilles en plastique, morceaux de verre, papiers de toutes sortes, chaussures usées, semelles, casseroles et poêles cassées, boîtes de sardines, serviettes hygiéniques, vêtements déchirés… j’en passe ! La palme revient aux connards qui jettent leurs piles usées et brûlent leurs plastiques ! Bordel, on est dans un parc naturel quoi.

Yep, sous un rocher, les gens jettent leurs bouteilles et autres déchets. En jaune au milieu, c’est un short.

Tout le monde sait que les poêles sont biodégradables.

Propre hein ? Vivez la passion Outdoor moi j’dis !

 

Comme j’étais cloué au pied du Toubkal, pendant que les autres montaient, j’ai pris un sac poubelle et j’ai commencé à ramasser. J’en ai rempli un, puis un deuxième. J’aurais pu encore en remplir des dizaines. C’est édifiant.

« C’est vraiment bien ce que tu fais ! » Ouais. Merci. Mais si tu le penses vraiment, prends un sac et ramasse. On ne sera pas trop de deux.

Après quelques heures, j’arrête et je cède au « harcèlement bienfaisant » de Lhassan qui me sert le thé et des biscuits. De toutes façons, c’est pas en une fois que l’on pourra nettoyer ce bordel. Mais au moins, en voyant les quelques personnes qui remplissent des sacs dans leurs coins depuis une demi-heure, je me dis que ça aura peut-être servi à quelque chose.

Le plus simple aurait quand même été de lire les panneaux sur la route…

En bref

Tacheddirt, vu de Fousaou, l’endroit de notre premier bivouac.

Ce trek était plus physique que ce à quoi je m’attendais. En même temps, n’ayant jamais marché par cette chaleur et sur cette topographie, je n’avais pas vraiment de point de comparaison. Ce n’est par contre pas du tout insurmontable. Il n’y a pas de passage engagé, on ne se retrouve pas non plus au bord du vide.

Si tout ce qui vous intéresse est le sommet (ce qui est dommage entre nous mais bon, je ne suis pas là pour vous dire ce que vous devez faire), vous pouvez emprunter « l’autoroute » d’Imlil au refuge du Toubkal. Ça prend quelques heures, tout au plus. Ayant fait la version longue, c’est probablement l’option que je choisirai quand je viendrai terminer cette histoire, comme ça je pourrai consacrer mon temps à une autre route par après. Il y a tellement d’autres choses à voir. Le lac d’Ifni n’en est qu’une parmi d’autres.

Même sans le sommet, le trek vaut la peine d’être fait. J’y ai vu des paysages époustouflants. Et plein de biquettes. Et Hassan et Lhassan faisaient trop bien à manger :D.

Je ne m’attendais vraiment pas à aussi bien manger en trek !

Matériel utilisé

On ramasse vite nos affaires à la lueur de la lune avant de partir à la frontale pour éviter la chaleur.

Niveau équipement, il n’y a pas de besoin particulier par rapport à une autre randonnée (sauf si vous le faites en hiver évidemment, mais c’est une toute autre histoire). Les basiques quoi. De bonnes chaussures, un sac confortable, léger, et bien réglé. Des bâtons de marche peuvent aider.

J’ai pu compter sur le soutien de Quechua pour emporter du matériel à tester. Ça ne change rien au fait que je donne un avis sincère et transparent quand je parle de leur produit. D’ailleurs, ils m’ont même encouragé à dire ce qui ne va pas. J’aime bien qu’on me dise ça, ça change, je me sens presque légitime de raler :D.

J’ai d’ailleurs pu essayer 2 paires de bâtons de marche de chez Quechua. Je n’ai pas été convaincu par les Forclaz 500 Antishock qui ont très vite montré des signes de faiblesse et d’usure sur certaines pièces. Par contre, je suis assez satisfait des Forclaz 700 Carbone qui sont léger et assez robustes pour s’appuyer dessus.

Le genre de signe de faiblesse des matériaux choisis. C’est après 3 jours d’utilisation, c’est un peu rapide.

Je suis par contre assez satisfait des Forclaz 700 Carbone, je vous en parle un peu plus dans cet article sur Yummy Planet.

J’ai particulièrement apprécié le sac Forclaz 30L Air que j’avais déjà emporté au Portugal. Quand je n’emporte qu’un appareil photo sans le reste du matériel, c’est un sac idéal.

Les chaussures de randonnée Forclaz 700 ont parfaitement passé leur confirmation. Après les avoir testées au Népal, au Vietnam, et en Islande, je peux dire que ce sont de très bonnes chaussures sur lesquelles on peut compter.

Accompagnées des chaussettes de randonnée haute Forclaz 520, le confort est top. On dit souvent que c’est important d’avoir de bonnes chaussures, je sais maintenant que de bonnes chaussettes sont tout aussi importantes.

J’ai tout de suite adopté la veste polaire Forclaz 400. Elle est légère et très respirante. Du coup, j’ai pu la garder sur moi même pendant les grandes variations de températures pour éviter de prendre froid à cause de la transpiration. Je n’ai pas de photo, faudra que j’en fasse à l’occasion.

Je n’ai pas pu compter sur ma veste de pluie Forclaz 400 comme vous le savez. Et c’est bien dommage parce qu’elle aurait été parfaite ! Mais bon, là c’est moi qui ai merdé :D.

Bonus

Toutes les photos ont été prises avec un Fuji X100F. Si vous voulez emporter un appareil de haute qualité sans vous encombrer, et que ça ne vous gêne pas de travailler avec une focale fixe, le X100F est un monstre ! Je vous en parlerai bientôt dans un review plus approfondi.

Ah ça, le décor en jette. Et encore, vous n’avez rien vu. Par contre, le temps se couvre xD.

Les bergeries d’Oukaimeden.

Magnifique lumière au dessus de Tacheddirt et Fousaou.

J’ai vraiment regretté d’avoir laissé ma veste de pluie en Belgique :D.

De la lumière, en veux-tu, en voilà…

À la fin, le risque, c’est d’être blasé. Non, j’déconne, ça peut mal d’arriver ! 😀

Ahmed tient à servir le thé parce que ça veut dire qu’il est le chef. Moi, tant que j’ai du thé.

Un berger et ses chèvres dans la région d’Imlil.

On ne peut pas vraiment dire qu’il cache la forêt mais bon. Un bon sujet pour tester l’ouverture du X100F.

J’vous disais qu’on mangeait bien avec Hassan et Lhassan ! 😀

Une dernière avant d’aller se coucher.

Ah ben non, la voilà la dernière.

Départ au clair de lune et à la frontale.

Un petit regard en arrière avant d’attaquer le col d’Aguelzim.

À peine au milieu du col… Ahmed me dit qu’il n’y a plus qu’un chouïa. J’ai l’impression qu’il ne me dit pas tout xD.

La caillasse, à perte de vue.

Ahmed, face au Toubkal (c’est la pointe au milieu).

On approche enfin du refuge du Toubkal.

Entre cette photo et la précédente, il y a près d’1h30. On n’a pas l’impression d’avancer. Ahmed nous promet qu’il n’y a plus qu’un chouïa. On fomente un coup.

Coucher de soleil derrière le col.

« Vous avez encore une table de libre ? »

Notre bivouac au refuge du Toubkal.

Convoi de moutons.

Rien que de revoir les photos, ça me donne faim !

Une des dernières photos au refuge avant de repartir.

On pourrait croire qu’être au refuge du Toubkal avantage pour les photos de ciel étoilé. C’est sans compter les frontales et les feux de camp -_-.

Ma chambre offrait une vue assez sympa.

On amorce la descente pour retourner à Imlil.

Et ça va être long. Mais beau !

Comme à chaque fois, on se fait rattraper par Hassan et Lhassan qui sont partis 1h après nous…

Frigo berbère, 0 carbone !

Hassan et Lhassan, acceptant enfin de prendre la pose.