Si vous utilisez des objectifs manuels, vous êtes confrontés au fait qu’il n’y a aucune donnée Exif (relative à l’objectif) à vos photos dû au fait qu’il n’y a pas d’électronique, donc de transfert d’information. En quelques étapes, vous pouvez pallier à ce manque.

Les données Exif en deux trois mots

Les données Exif apportent une multitude d’avantages tant au niveau de l’organisation de votre bibliothèque que de l’automatisation de certaines tâches. C’est, en quelque sorte, l’évolution des notes qu’un photographe prenait dans son carnet à l’époque où il n’y avait pas encore d’appareil numérique.

Par exemple, quand j’ai ajouté des photos à la page « mon matériel photo » pour illustrer ce que j’avais fait avec tel ou tel objectif, j’aurais pu passer mon temps à chercher dans les milliers de photos qui composent ma bibliothèque Lightroom, en tentant de me rappeler quelle photo j’avais prise avec mon 50mm. Mais grâce aux données Exif, je peux simplement créer un filtre disant que je ne veux que les photos prises avec un Canon 50mm f/1.4 USM et Lightroom fera le tri à ma place.

C’est aussi grâce aux données Exif que l’on peut corriger les aberrations due à l’objectif de manière automatique. On peut le faire manuellement bien entendu mais quand on peut automatiser une tâche récurrente…

Compléter les données de l’objectif dans l’Exif d’une photo

Certaines données peuvent être complétées automatiquement si vous ajoutez une puce de type EMF/Dandelion à votre objectif et la programmez. Jusqu’à maintenant, je n’ai trouvé aucun moyen de programmer la puce pour y ajouter le nom ou l’ouverture maximum de l’objectif. Il faut donc ajouter ces données manuellement a posteriori.

Éditer les données Exif revient à écrire dans le fichier (RAW ou Jpeg) de la photo. Pour cela, il y a ExifTool, une librairie multi-plateforme vous permettant d’éditer vos fichiers en ligne de commande. Vous trouverez une documentation complète sur le site.

En pratique

Assez parlé, passons aux choses sérieuses !

Écrire une ligne de commande pour ExifTool

Vous avez installé ExifTool comme expliqué dans la documentation, et vous êtes prêts à écrire votre première ligne de commande. Dans mon exemple, je vais tagguer les photos pour mon New Petzval dont voici les infos :

  • Nom de l’objectif : Lomography Zenit New Petzval ;
  • Modèle de l’objectif : Lomography Zenit New Petzval ;
  • Longueur de focale : 85 (on ne mentionne pas l’unité qui est toujours en mm) ;
  • Ouverture max : 2.2

Ma ligne de commande va donc ressembler à ceci (je suis sur OSX, je ne sais pas si ça va être semblable sous Windows) :

exiftool  -Lens="Lomography Zenit New Petzval" -LensModel="Lomography Zenit New Petzval" -FocalLength="85" -MaxApertureValue="2.2" -m -overwrite_original_in_place "Chemin/absolu/vers/le/fichier"

Si vous avez plusieurs fichiers, vous pouvez spécifier leurs chemins à la suite en les séparant par un espace. Comme ceci :

exiftool  -Lens="Lomography Zenit New Petzval" -LensModel="Lomography Zenit New Petzval" -FocalLength="85" -MaxApertureValue="2.2" -m -overwrite_original_in_place "Chemin/absolu/vers/le/fichier1" "Chemin/absolu/vers/le/fichier2" ...

Selon le système sur lequel vous travaillez, les façons sont différentes pour connaître le chemin absolu d’un fichier. Sur OSX, il suffit de « lire les informations » (Cmd+I). Sur Windows, vous pouvez « copier en tant que chemin d’accès » dans le menu contextuel. Et si vous êtes sur Linux, vous savez comment faire ;).

Allez, admettez que ce n’est pas si compliqué !

Compléter de nouvelles photos

C’est le cas de figure le plus simple à régler. Vous venez de décharger votre carte mémoire sur votre ordinateur, et avant même de retoucher quoi que ce soit, exécutez vos lignes de commande comme décrit ci-dessus. Attention, comme on n’est jamais sûr de rien à 100%, ne le faites pas directement sur votre carte mémoire, histoire d’avoir une « copie » au cas où.

Une fois que c’est fait, importez les photos dans votre bibliothèque et vérifiez que les données Exif indiquent bien votre objectif.

Compléter des photos déjà présentes dans une bibliothèque

Ce cas-ci est un petit peu plus compliqué mais pas de panique !

Quand j’ai découvert ExifTool, c’était pour tagguer les photos que j’avais faites avec mon New Petzval. Cela faisait déjà un bon mois que j’avais l’objectif et j’avais donc des photos déjà présentes et traitées dans ma bibliothèque.

J’utilise Lightroom donc je parle de ce programme, mais en principe, n’importe quel gestionnaire de photo du même type fonctionne de cette manière. Lightroom enregistre les métadonnées dans un registre. Quand vous éditez les données Exif d’une photo, il faut donc dire à Lightroom de relire ces données à partir du fichier pour mettre à jour son registre. Et là, vous verrez qu’il aura écrasé toutes vos modifications des métadonnées, y compris les paramètres de développement. Pour contourner cela, rien de plus simple : la copie virtuelle !

1. Créez une collection avec toutes vos photos à traiter

Ce n’est pas obligatoire, mais un peu d’organisation ne fait pas de mal. Vous travaillerez ainsi sur les photos concernées uniquement.

2. Sélectionnez toutes les photos et créez leur une copie virtuelle

Une copie virtuelle est en fait comme une sauvegarde des paramètres et des métadonnées de la photo source. C’est notre backup avant la modification.

3. Écrivez et exécutez votre ligne de commande comme décrit ci-dessus

4. Mettez à jour les métadonnées dans Lightroom

Sélectionnez les fichiers édités (pas les copies virtuelles !), et faites un clic droit puis Métadonnées > Lire à partir du fichier. Cela va mettre à jour les enregistrements dans le registre de Lightroom et, par la même occasion, écraser tous vos paramètres/réglages pour ces photos. À ce stade, vérifiez que les données Exif montrent le nom de votre objectif.

5. Récupérez vos paramètres de développement et vos métadonnées

On y est presque ! Dans l’écran bibliothèque, sélectionnez la première photo et sa copie virtuelle. La copie doit être sélectionnée en principal parce que c’est à partir d’elle que l’on va synchroniser les données.

Lightroom_Bibliotheque_-_Karl_Delandsheere

Dans le volet de droite, il y a deux boutons qui nous intéressent : « Synch. métad. » pour synchroniser les métadonnées et « Synch. param. » pour synchroniser les paramètres de développement.

Lightroom_boutons_synchronisation_-_Karl_Delandsheere

Pour synchroniser les métadonnées, un écran apparaît où vous pouvez sélectionner les données qui vous intéresse. Pour synchroniser les paramètres de développement, c’est le même principe mais vous pouvez de base tout sélectionner.

Lightroom_Synchroniser_les_metadonnees_-_Karl_DelandsheereLightroom_Synchroniser_les_parametres_-_Karl_Delandsheere

Une fois que c’est fait, vérifiez que tout est bon, supprimez la copie virtuelle et passez à la photo suivante !

Et voilà !

C’est un peu de travail mais je pense qu’une fois intégré dans votre workflow, l’effort vous paraîtra faible par rapport aux avantages d’avoir des données Exif complètes. 🙂

Des questions ou des remarques, une autre méthode ? Partagez-les dans les commentaires ci-dessous !